ÉCRITS

Tu sais, petit, rien ne demeure de nos vies que les instants d'amour superbe et fabuleux. Ce monde crève de manque d'amour, et je ne t'apprends rien en te disant cela. D'ailleurs, je t'ai tout dit, et mon temps est venu… Il éclata de rire, et ses grands yeux, ses yeux si clairs, si malicieux, devinrent blancs, puis transparents, insondables, millénaires. Un long frisson le parcourut;, puis il ne bougea plus, impeccable lotus, grégaire, délavé. Un vol de grue se déroutant, vient saluer le vieil homme. Jefferson se leva. Il était fier, et seul au monde. Sa quête commençait...
Et cette femme
Orange et mauve
Qui me sourit
Puis s’en retourne
Nonchalante
Vert violent des rizières
Champs de jasmin
Effort total, absolu
Vertical
Le corps tendu
La tête vide
Moi je fais du vélo
Sur les routes du Rajasthan.
JE SUIS UN PEINTRE ABORIGENE

Je vis par terre
Je dors par terre
Je mange par terre
Je baise par terre
Je peins par terre
J’expose donc par terre, normal

Je suis un peintre aborigène
La lune pleine
Au bord du lac
Pour une fois, silence
Pushkar dort
J’entends le souffle
De mon amour.

Dans mon lit, prés de moi
Très jeune fille en robe à fleurs
Lisant Rabindranath Tagore.

Blues de janvier
A Delhi, sous la pluie
Kasturba Gandhi Road.
Sumbawa, 74

Je ne sais plus
Où, exactement
C’est un peu flou
Dans ma mémoire

Je dors dans la maison
D’une famille de pirates
Portraits d’ancêtres sur les murs
Un vieil homme, au visage
Emacié, barbe blanche
M’offre à manger
Du riz, végétale, bébé requin
Il me vend pour quelques roupies
Un sarong de cérémonie
Tout brodé
De fils d’or.
Tu comprends
Je voudrais
Que tout, enfin
Rentre dans l’ordre
Et que l’on s’aime
Très fort
Bercés par l’océan
Dans une île
Quelque part
Un peu plus loin, encore
Que ce très loin
Auquel je pense
Et que notre maison
Soit fétu de bambou
Au flanc paisible
D’un volcan.
Beauté

Tout être humain porte en lui
Une part d'infinie beauté
Soit on lui donne l'opportunité
De la développer, de l'épanouir,
De s'aimer lui ou elle-même
Et d'être réceptif aux autres
Soit, de petite humiliation en rejet
D'espoir d'amour en rêve brisé
Cette part se réduit,se flétrit, se referme
Millions de morts vivants à la dérive
Totalement vidés, usés, laminés
Dépouillés de leurs rêves
Sans même plus de voix pour le crier
Encore un voyage …
Nous rentrons de trois mois en Inde.
Plus le monde s’enlaidit
Plus se doit embellir
L’intérieur de nos êtres

Survivre et résister
Résister et survivre …
Et le soleil
Mélancolique
A son coucher
Tout devient gris
Le vent est doux
Nous sommes là
Nous nous aimons
Nous sommes là
Très loin de tout
Nous sommes seuls
Enfants blottis
Au cœur du monde
Nous sommes seuls
Abandonnés
Dissous, nichés.
Profond mystère
De Goa …
La guitare
Mouillée
De pluie
Dévide
Un chant glacé
Tremblant de fièvre et de
Solitude
Tout se perd
Dans le vent
Les plaintes et les
Cris d’amour
Les montagnes
Contemplent
La comédie humaine
Et elles ne sourient pas.
La vraie force n’est ni fureur, ni violence, ni appropriation. Elle ne crie pas, ne pèse, ne menace pas, n’intrigue, ni même ne plaide sa propre cause. Elle est silence, discrétion, ferveur intime, douceur ineffable des sentiments, et n’a pour elle que sa pureté, qu’elle est sans doute seule à connaître, sa permanence à tout jamais, et son refus de nuire à quiconque.
Le bus fou décoré
Qui traverse en hurlant
Les faubourgs de Manille
A pour nom
Yellow Bird Express

Si la tortue Bedawang
Porte le poids du monde
Le bus est, lui
L’image exacte
De l’homme.
Tu vois, je suis vivant
Tu vois, je suis en accord avec la terre
Tu vois, je suis en accord avec les dieux
Tu vois, je suis en accord avec tout ce qui est beau
Tu vois, je suis en accord avec toi
Tu vois, je suis vivant
Je suis vivant.
Tanjung Aan
Lombak


Ciel gris, blanc, bleu
Océan gris, vert. Bleu, turquoise
Plage sublime
Demi cercle magique
Sable blanc, serti de rochers
Personne, ils étaient
Seuls au monde
Air tiède, presque frais

Et la pluie de mousson
Commença de tomber
Trouver refuge
Dans l'eau salée.

C'est le progrès


« C'est le progrès » disait-il. Remplacer, en un lieu, jadis « paradisiaque », beauté, calme, air pur… par laideur, bruit et pollution, et ils appellent ça un « progrès ». Le progrès.

Tous ces jeunes crétins sur leurs motos pétaradantes, fossoyeurs imbéciles de la beauté du monde.



Qui pourra réchauffer

L’âme des vieux basketteurs noirs,
2 m 10 et plus

Lorsque, perclus de rhumatismes, paranoïaques et impuissants

Ils errent, la nuit venue, dans des faubourgs déserts

Autour de salles à l’abandon, crasseuses, lézardées

Là où jadis retentissait

L’orgasmique clameur d’un public idolâtre

Saluant chacun

De leurs exploits.


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Animaux de Bali

Le Coq, imbécile, omniprésent
Les Tourterelles
Sans arrêt, roucoulent
Gecoks, incontournables
Au-dessus de nos têtes
Canards
Attendrissants, crapahuteurs
Grenouilles, chaque nuit
Obsédantes
Tapies dans la boue
Plein d'Oiseaux, sublimes
Plein de Nyamoks
Pas vraiment
Dangereux
Singes caractériels
Buffles dans les rizières.
Au large de Sumatra, il y a Pulau Nias, avec ses étonnants villages pavés de mégalithes disséminés dans la montagne.
Au large de Nias, il y a Pulau Batu, où l’on trouve parfois les Batu Kelapa, ces « pierres de noix de coco », dont raffolent les vieux chinois et qui se vendent si cher dans les arrière-boutiques de Singapour.
Au large de Batu, il n’y a plus rien, que l’océan, et puis l’Afrique, à des milliers de kilomètres, et l’on se dit, pensif, un peu éberlué sur la plage
Que cette fois, vraiment
C’est la fin
Du voyage.


Bain d’huiles, flottant. Il regardait le ciel. Passaient les fièvres migratoires, nuages mous, vol ébahi d’un cormoran, et les vautours, inexorables. Toute allure terrestre et toute prétention, tout magicien s’illusionnant sur son propre pouvoir, lira sa juste place et son juste destin dans l’œil froid d’un vautour.
La femme le massait, il glissa vers le fond. C’était chaud et tentant. Il rêvait de partir, mais son rêve était lourd, et il se laissa faire. Il avait abdiqué, trop fatigué, vaincu...
Bâli (fragment)

… C’est pourtant une histoire simple
Celles des chansons pour enfants
Des troupeaux de canards
De la joie de courir, de cancaner, sur le bord des rizières
De l’éléphant pataud, déculotté
Des bananes sucrées, dorées, gorgées de vie
Du bain nu, sous une lune pétrifiante, le souvenir de ce temps
Où nous étions poissons
De la main dans la mains, couverts d’écume et d’innocence
Du body-surf, flèches lancées de la crête des vagues
De la porte d’humilité, vêtue d’offrandes, du temple d’un village enfoui
Ecrin de palmeraies, chaque bijou est un scorpion factice
De ce suprême coup de rein d’un coup tendu, cuivré, à la limite d’humaine volupté
De l’étincelle d’une nouvelle vie, donnée au monde
Au monde qui la salira, la souillera, l’exploitera, la polluera, la détruira enfin, avant de l’enfoncer sur quelque terre ou quelque boue
J’ai peur, je crains beaucoup pour nos enfants...
CHICAGO BLUES

1er novembre 98 – Olivier LEDOUX, pleurant au téléphone – chagrin d’amour. Il nous appelle de sa cave de West Burell. 5h du mat’, le jour qui se lève, après Halloween. Il craque, il est seul. Olivier est un génie – un homme puissant et beau. Son œuvre restera marquée dans le siècle. Pour l’instant, il est malheureux, il pleure, comme un enfant, perdu, isolé, à des milliers de km. Tant de gros cons, de gens médiocres et vulgaires vont très bien, très à l’aise dans leur vie médiocre et vulgaire de gros cons. Olivier est seul, isolé, incompris, et il pleure …



Des lagons bleus, des lagons bleus, des lagons bleus, des lagons bleus. Sa vie devenait simple, il savait la couleur et il savait le lieu. Tapas effilochés, drapeaux de Kanaki, pirogues frêles, tikis de pierre, chavirés. Et jamais il n’avait douté, aux heures les plus sombres, au fond des mines de la Ruhr, sur les chantiers de Valenciennes et de Forbach, à Béthune, en prison, dans les faubourgs de Bruges. La bière, le charbon, les bordels nauséeux, les tavernes blafardes, le vent qui vous cisaille et les hivers sans fin. Il savait tout cela. Mais il savait aussi qu’ils ne reviendraient plus. Toute sa vie durant, il avait attendu, trimé, lutté, ramé, vers ce moment qu’il vivait là, et c’était bien. Courbe de hanches vahinés, servant l’igname et le poisson. Délires de Gauguin, pays du matin pur, effluves de coprah, poulpes amers, nouvelles de Fatu-Hiva.
Grande futaie, jonchée de fleurs. Humble marcheur, posant sa natte sur le sol. Des piverts sourds, des écureuils, quelques gorilles sentencieux. Courte prière, toute ferveur, lancée aux mânes des forets, et il mangea le riz, quelques fruits secs, et but le thé. La clairière bruissait, exubérante, heureuse. Les nymphes des sous-bois se préparaient à bien fêter le voyageur. Elles grimpaient le bord des yeux et se poudraient, plumes de paons, toiles arachnéennes d’aphrodisiaques araignées. Elles commencèrent de danser, au son des luths et des guimbardes, et tout était si merveilleux. Hors, il advint que l’une d’elles, nommée Fleur de rosée, souffrait ce jour de gaz intestinaux et d’incoercible diarrhée. Bien sûr, l’ordre de la soirée en fut quelque peu perturbé. Et la narine frémissante, humble marcheur, notre héros hâta le pas vers d’autre lieux, qui lui vaudraient d’autres émois. La lune était immense, toute jaune, glacée. Et, sommes toutes, lui se disait que le présent importait peu, pourvu qu’il y fût vivant.
Il était à l’arrêt, les pieds trempant dans une solution de vinaigre et d’anis. Les membres gourds, les lèvres dures, desséchées, la fatigue striait sa peau, rien ne filtrait de son regard. Il poursuivait, tenace, inexorable, la même, unique et simple idée, qui était celle de trouver le lieu sur terre ou se poser. Là, il pourrait s’asseoir, humble, tendu, rivé au sol, et se dissoudre peu à peu, lavé de pluies, dans l’immense berceau de l’ainsité primale, mondes passés, monde à venir. Chacals, hyènes, fourmis, gypaètes, vers blancs, tous pourraient se repaître, et digérer tranquille. Ses os resteraient là, et les hommes-guépards viendraient les peindre, les sculpter, y tailler quelques flûtes, qui rythmeraient leurs chants de famine et d’espoir.


Il m’expliquait, tirant sur son bidi, que peu lui importaient les chefs d’œuvres immortels, les grandes envolées, les partitions alambiquées, les morceaux de bravoure et la virtuosité. Qu’en fait il n’attendait, il n’espérait d’une chanson, que le très simple instant béni, le mot miraculeux, la magique alchimie, l’intonation ou le fragment de mélodie qui saurait le toucher, le bouleverser, faire vibrer au plus profond d’une corde inconnue. Des milliers de signaux, balancés comme autant d’impétueux spermatozoïdes, dont un seul, quelquefois, se frayait un chemin, jusqu’aux abords du cœur de l’autre …
Bidi éteint, c’était la nuit. Il s’était tût et ses oreilles, peu à peu s’allongeaient démesurément, jusqu’à toucher le sol. Il s’enroula dedans, se retourna, et s’endormit.
Ils se parlèrent toute la nuit, lui de temples en fleurs et des derniers chamans d’une île exsangue, fatiguée, elle des enfants blonds, schizophrènes, blessés, qu’elle essayait d’aider à vivre un peu moins mal dans une ferme du Berry. Ils se parlèrent toute la nuit, et se touchèrent enfin, les nerfs à vifs, toutes résistances brisées, leurs corps à peine révélés par la blancheur de l’aube. New morning. Ils firent l’amour, sauvages, comme si c’était la dernière fois. D’ailleurs c’était la dernière fois … Dans la rue St Fargeau, en contrebas, les éboueurs étaient passés - cliquetis de poubelles – petit crachin, livide et froid, désespérant, fin novembre, à Paris.
Kuta Beach (1)

J’ai pris une année sabbatique, contre l’avis de mon inspecteur d’académie, qui suggérait de me faire « examiner par un psychiatre ». Huit mois de voyage, 13000 km à vélo, et voilà … je suis à Bali. Je reviendrai ultérieurement, dans le détail, sur ce périple, ô combien « initiatique ». Je dirai simplement qu’il fut le plus limpide, le plus exemplaire, et le plus facile de mes grands voyages. Souvenir très précis de mon arrivée, en fin d’après-midi à Kuta Beach. Posé le vélo, déshabillé, je plonge dans l’eau chaude. J’y suis … J’ai réussi, je suis vainqueur et fou de joie.
Qui peut imaginer aujourd’hui le Kuta de 1972 ? C’était un village paisible et charmant, sans électricité, incroyablement romantique, avec ses lampes à huile au bord de la plage. Quelques boutiques de bambou, vendant sarongs, batiks, tissus brodés permettant d’entrer dans les temples. Très « balinais », très intact.

...
Kuta Beach (2)

...

Deux ou trois « warung » sur le chemin de terre descendant vers la plage. Nous mangions chez Jeanick – nourriture abondante, variée, incroyablement bon marché, spécialité de « mushroom soup » ou de « mushroom omlet ». Jeanick, jeune et souriante, venait de Java. Sur un radio-cassettes à piles, elle passait Bob Dylan, Joan Baez, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Bee Gees … Paysans tranquilles, pêcheurs tranquilles, Barong Dance au détour du chemin. Nager dans l’océan, body-surf à la crête des vagues, bain de minuit, feux sur la plage. Je me sentais fort, serein, plein de sagesse. Bali était un rêve éveillé, un rêve de voyageur accompli. Je n’ai pas le souvenir de la moindre sensation désagréable, de la moindre contrariété, pendant ces trente jours, ces trente nuits.
La fatigue lui barrait les yeux. Là-bas, dans le lointain, un vague promontoire, d’où s’ébranlaient des cargos morts, fantasmatiques, vers l’île fière de Tanah. Un goéland striait le ciel. Des algues mauves s’étiolaient sur les rivages désolés d’une terre meurtrie, sans ferveur et sans rêves. L’idée lui vint, d’abord furtive, qu’il était né très prés de là, se sentant fils d’une contrée dont la mémoire était la même, et le spleen lui montait … Tout était morne, mou, et triste, et blême et sans saveur à l’entour. Il tituba. Les poils gris de sa barbe collaient. Il fit encore quelques pas, son pied glissa, il tomba lourdement au bord du marigot. Moustiques sans pitié, qu’il repoussait d’un geste las. L’un deux piqua au bon endroit, et des torrents d’images déferlèrent enfin … Il se revit enfant, jouant devant la ferme en paille et en torchis qu’il avait dépassée, parmi d’autres pareilles, à quelques lieues de là. Il se revit enfant, étrange déchirure, qui appelait, les bras levés, comme implorant. Puis, de nouveau, tout bascula, il devenait radeau. Sa vue baissait, le flux accéléra, et il fut emporté.
« L’une des sœurs n’a plus de doigts – polyo – je l’aime – est-ce que je l’aime ? Nous restons là, des heures dans la pénombre, à la fenêtre de sa chambre, au dessus de Sampaloc Street , la nuit … Nuits de Manille , puissantes, lascives, interminables ; à l’infini je conterais la fascination de ces nuits, les plaisirs louches de mes sens, et ces feelings exacerbés dans un corps déambulatoire, ces heures de jouissance volées au monde et à la mort. Dériver, se laisser bercer par le flux, sauter dans une jeepney en marche, destination inconnue, pour m’échouer en lointaine banlieue où je deviens ombre parmi les ombres … Poubelles, taudis, sérénades, poisson frit, plus je m’imprègne et plus je perds toute frayeur, mais c’est le spleen qui monte en moi du home que je n’ai jamais eu, et que je viens de découvrir : ces rues sont mes rues, ces filles mes filles, cheveux noirs, jeans moulants, je guette celle qui … Je guette aussi mon assassin, l’agresseur anonyme qui, peut-être … Il ne vient pas, ne viendra pas ; je glisse, muscles bandés, l’esprit parfaitement calme et lisse, intégré, cafard, anguille, couguar, vautour pelé ou cobra, cette jungle est ma jungle, et moi Philippino.
Une dernière fois, il remonta jusqu’à Morjim, et puis, dans l’autre sens, la plage merveilleuse le ramenant vers Arambol. Le départ était pour demain … Dernier soleil sur l’horizon. Il pleurait de bonheur, d’avoir trouvé la force d’aller vivre ses rêves, d’accomplir son destin. Il pleurait de malheur – de quitter à jamais un éden révolu, et bientôt englouti.
D’ici quelques années, nous parlerons bien sûr d’Arambol avec très grande nostalgie. L’immense palmeraie, la plage calme et belle, cette vibration blanche, l’incroyable clarté. Arambol, c’est la fin d’un monde. La terre fut ainsi – elle ne l’est plus, ne sera plus jamais ainsi. Nous sommes les derniers témoins …
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Ainsi parlait Zarajawan


Arrive le moment

Où tout désir devient

Inopérant . Où il faut simplement vouloir,

Et bondir, attraper dans sa main les bribes de néant

Qui participent du mystère

Et de l' immensité des mondes

Et nous relient , aux océans , aux reptiles glacés

A la douceur infinie de certains soleils

Et de certains regards .

Tout le reste , nos peurs , la forfaiture de nos vies

L 'agonie pitoyable , aux relents d 'hôpital

N 'ont pas d 'équivalent , pas de raison cachée

Ils ne sont que douleur , que mauvaise moisson

Et il n' est pas de mise de te lamenter

Sur ton propre cadavre

Mais plutôt de veiller que celui que , là bas

On emporte au bûcher

N ' aie pas étrangement la forme de tes rêves

Et de ta volonté .

Barruch

Barruch était muette, inexplicable, ville figée. Façades de dentelles, fragiles, ombres chinoises détachées sur un ciel sombre, traînées sanglantes de couchant. Arpenté en tout sens le réseau dense, mystérieux, des rues déjà presque désertes. Le port, en contrebas, quelques feux, fatigués. Il ne comprenait pas… le trouble demeurait… cette impression d'éternité.

Sur le fleuve sans nom, jeté vers l'océan, un navire passa, immense et délabré, retentissant des cris de Portugais hallucinés, bouches scorbut, crucifix d'or, noyés d 'alcool. Un vieux brahmane hocha la tête. L'argile lui collait aux pieds. Cette fois il avait compris.


De mon mieux…(1)



Depuis que je suis sur terre, et dans tous les domaines de l'existence, j'essaye toujours, avec une grande application et une bonne volonté évidente de faire « de mon mieux », le meilleur dont je suis capable. J'ai grandi, de par l'extrême exigence, excessive, destructrice de mon père, dans la quête perpétuelle de l'excellence. Lorsque tout était bien, quasi parfait, mon père ne disait rien. Jamais un compliment, un encouragement, une remarque positive, jamais « c'est bien, mon fils, ce que tu as fait ». Jamais une discussion intéressante, il ne m'a rien appris, rien transmis. J'étais « très bon à l'école », 2 ou 3 ans d'avance, « surdoué » ou « enfant précoce », comme on dit de nos jours, jamais échoué à un concours ou a un examen. Très bon en sports, à 14 /15 ans je jouais contre des adultes, et je gagnais souvent. En tant qu'ado, je n'ai pas souvenir d'avoir fait la moindre connerie, même pas des « petites conneries d'ado », je ne buvais pas, ne fumais pas, et ne me «  droguais pas », avec ou sans guillemets. Je pense que plus d'un père aurait été content … et bien pas le mien, c'était juste « normal ».


De mon mieux…(2)


Par contre, dès que je baissais d'un cran, 15 de moyenne au lieu de 16 1/2 , que je finissais deuxième sur 400 m, au lieu de premier, les reproches et les imprécations commençaient à pleuvoir … « T'es bon à rien … non seulement tu ne sais rien faire de tes dix doigts (ce qui était vrai, à l'époque, tellement il m'en avait dégoûté du « travail manuel »), ne t'entraînes pas assez dur (ce qui était faux, bien sûr) mais ta tête ne fonctionne pas « normalement », si tu continues, tu finiras par travailler en usine (ce qui pour lui semblait représenter le déshonneur suprême). S'il m'arrivait de marquer un but en jouant au foot (je n'aimais guère ce sport, qui me semblait majoritairement pratiqué par des crétins gueulards et primaires), c'est que j'avais « buté dans le ballon ». Et tout comme çà … Lorsque je suis parti en vélo à Bali, il m'a prédit que j'irais jusqu'à … Clermont Ferrand, et que je renoncerais.

De mon mieux…(3)


Connard … Prof de math, mon père n'était certainement pas un imbécile, mais son intelligence était «  sèche », cartésienne, manque d'empathie, d'humour, d'humanité, d'amour. Plutôt sympa, populaire, relationnel, à l'extérieur, il devenait un « tyran domestique » dès franchi le seuil de la maison. Je ne dirais pas qu'il enlevait son masque, plutôt qu'il avait réellement 2 personnalités, et nous, la « famille », avions clairement à faire au « dark side » of the bonhomme .

Aussi loin que remontent mes souvenirs, j'étais toujours «  inquiet », une légère appréhension, en revenant « at home » … Pas angoissé, terrorisé, nous n'étions pas des enfants battus, martyrisés. Juste cette question, désagréable, dans ma tête : « que va t'il pouvoir encore inventer » ? après quoi va t-il râler, et moi, me faire engueuler, alors que, comme d'hab, je pensais avoir fait « tout bien », et de mon mieux, en tout cas. La moins mauvaise option, tout mon espoir, étant qu'il s'enferme dans son bureau merdique, (qui ressemblait déjà à une décharge municipale, prémisse au merdier apocalyptique que deviendrait sa future ferme, La Chiennerie, où il allait très mal finir sa pitoyable existence) et qu'il ne se passe RIEN.


Ende . Flores

Ce monde est vide

Le monde entier

S'emmerde

95% du monde entier

Ne fait qu'aligner

L'une après l'autre

De petites journées 

Médiocres et vides

Sans aucun

Contenu

Sans aucun sens.


La télé Indonésienne semble d'une mièvrerie, d'une nullité sans égales.

Aux chiottes la télé Indonésienne, regardée à longueur de journées par des milllions de cerveaux légumineux et apathiques, abrutis de chaleur.


Hating India so much …


Nous rentrons de voyage, de quatre mois en Inde, autrefois tant aimée … Je hais ce peuple et ce pays. Peut être, sûrement, de la haine de l'amoureux déçu, trompé, trahi.

O, enfants d'Occident, ne rêvez plus de l' Inde. C'est un cloaque immense, un sordide supermarché. Frénésie de l' avoir, consumérisme galopant, hallucinantes pollutions, concentrations cataclysmiques de populations sans espoir, millions d 'hommes célibataires, trop pauvres pour se marier, obsédés, qui se tirent sur l' élastique dans les salles de ciné, et « palpent »  les postérieurs des touristes dans les bus, mépris de l' autre, beauté souillée, apartheid, rapports de force, rapports de fric, saccage du silence, corruption généralisée, bêtise collective et individuelle apathie, milliers de dieux inopérants.

Je n' irai plus jamais, c 'est l' absolu contraire du pays dont je rêve...

Karachi blues



Karachi blues 

Mouches vermeilles, lassi bleuté

Temps suspendu, poids de l'Islam

Ennui pesant

Journées pareilles, répétées

Sadar bazar

Ces réfugiés, enfuis d'Iran

Et ces Afghans, déracinés.

Tout est lourd, chaud, suintant

Karachi blues 

Nuits sans lumières 

Dérives molles dans une ville

Totalement

Inconnue…


Un néon vert

La porte du Chandni Hotel


Karachi blues

Tout me pousse 

A partir

Obligé d 'attendre, pourtant

Mon sac à dos

Reparti pour Paris

Via Tokyo

Jordan Airways

Sorry mister, sorry 


Moi aussi, so sorry.


L'une des soeurs

«  L’une des sœurs n’a plus de doigts – polyo – je l’aime – est-ce que je l’aime  ? Nous restons là, des heures dans la pénombre, à la fenêtre de sa chambre, au dessus de Sampaloc Street , la nuit … Nuits de Manille , puissantes, lascives, interminables ; à l’infini je conterais la fascination de ces nuits, les plaisirs louches de mes sens, et ces feelings exacerbés dans un corps déambulatoire, ces heures de jouissance volées au monde et à la mort. Dériver, se laisser bercer par le flux, sauter dans une jeepney en marche, destination inconnue, pour m’échouer en lointaine banlieue où je deviens ombre parmi les ombres … Poubelles, taudis, sérénades, poisson frit, plus je m’imprègne et plus je perds toute frayeur, mais c’est le spleen qui monte en moi du home que je n’ai jamais eu, et que je viens de découvrir  : ces rues sont mes rues, ces filles mes filles, cheveux noirs, jeans moulants, je guette celle qui … Je guette aussi mon assassin, l’agresseur anonyme qui, peut-être … Il ne vient pas, ne viendra pas  ; je glisse, muscles bandés, l’esprit parfaitement calme et lisse, intégré, cafard, anguille, couguar, vautour pelé ou cobra, cette jungle est ma jungle, et moi Philippino.

Ma table de peintre, Arambol (1)


J'étais vraiment désappointé… tellement vanté à Adriana les charmes de Goa, découvert en 83, que 10 ans plus tard, partis enfin « en amoureux », l'un des grands rêves de ma vie, je maugréais pas mal de ne plus retrouver grand chose de ce que j'avais tellement adoré. C'était « tellement mieux avant » … ben oui, tout le monde dit çà, à juste titre. Seulement, on était « maintenant », ma princesse attendait du romantique et du sublime, je lui avais promis, et j'étais pas très loin de péter les plombs, jeter l'éponge et repartir en France, tellement tout s'était, et tellement vite dégradé, détérioré.

Le dos au mur, contraint de trouver quelque chose de « présentable », mon honneur de voyageur et d'« amoureux romantique » étant en jeu, je lui dis « écoute… je te propose de rester dans la chambre d'hôtel à Panjim, je me donne une journée... je t'ai promis le paradis, je dois trouver le paradis… sur terre, bien sûr, et près d'ici. » Ok, qu'elle me dit. Bonne intuition, je prends un bus, up North, direction Arambol. Je ne le savais pas encore, mais le nom de ce simple village allait symboliser, et pour ma vie entière, l'aboutissement d'une quête commencée dès mes 14 ans, mon lieu « idéal », conjonction sublimée de tout ce que j'aime et tout ce que j'attends. A savoir une vie ultra simple, basique, heureuse et très douce, dans un décor idéal, de « carte postale », au meilleur sens du terme.

Ma table de peintre, Arambol (2)


Dix ans plus tôt, Arambol était la « plage maudite », (je vivais alors à Colva) qui faisait régulièrement la une du Goan Times, où se passait toutes sortes de choses louches, de trafics, d'embrouilles … je me souviens qu'un énorme Yougoslave, en plein trip, avait massacré 5 personnes à coups de sabre, et plein d'autres « faits divers » du même tonneau. J'avais eu une étrange vision/prémonition, m'indiquant que c'est sur cette plage que je serais enterré, ou mes cendres dispersées.


Panjim / Mapusa, puis Arambol, terminus. Le bus stop, la poste, le terrain de foot, l'high school, l'église St Carmel », tout cela « parlera » à nombre de mes amis. Plus j'avance, et plus mes premières impressions, très favorables, se confortent, se renforcent. C'est beau, c'est calme, paisible, très simple, harmonieux. L'Inde comme je l'ai toujours rêvée, et parfois rencontrée. Palm trees everywhere, de jolies maisons, animals everywhere, un rythme très lent, « biblique », alangui. Et la plage … comment ce qu'elle est la plage ??? Waouh … elle est sublime, immense, à perte de vue, quasi déserte. J'en ai assez vu, je suis tellement ému, je fonds en larmes, je sais que j'ai trouvé, que notre fabuleuse histoire d'amour, romantique et fusionnelle, aura désormais le décor et l'environnement qu'elle mérite, un écrin tropical au diapason et au niveau de tout le reste.

Ma table de peintre, Arambol (3)


Reste à trouver THE place, l'endroit, la chambre, la maison. Je la découvre rapidement, elle s'impose comme une évidence … c'est la Villa Oceanic, de Léonardo et Thelma de Souza.


Nous y avons passé 3 mois … A peine arrivé, je remarque qu'il n'y a pas de table dans notre chambre. Passer plusieurs mois dans un lieu sans pouvoir peindre, écrire, travailler, cela n'a pas de sens pour moi. Contactés rapidement, des artisans indiens, me fabriquent, et «  sur mesure », ma « table de peintre », en bois massif, posée ensuite dans le patio … je pense qu'elle y est encore.


Music Lover

Il m'expliquait, tirant sur son bidi, que peu lui importaient les chefs d'œuvres immortels, les grandes envolées, les partitions alambiquées, les morceaux de bravoure et la virtuosité. Qu'en fait il n'attendait, il n'espérait d'une chanson, que le très simple instant béni, le mot miraculeux, la magique alchimie, l'intonation ou le fragment de mélodie qui sauraient le toucher, le bouleverser, faire vibrer au plus profond une corde inconnue. Des milliers de signaux, balancés comme autant d'impétueux spermatozoïdes, dont un seul, quelquefois, se frayait un chemin jusqu'aux abords du cœur de l'autre … 

Bidi éteint, c'était la nuit. Il s'était tu, et ses oreilles, peu à peu, s'allongeaient, démesurément, jusqu'à toucher le sol. Il s'enroula dedans, se retourna, et s'endormit.



La frontière était là, qu’il rêvait de franchir. Il avait tout tenté, avant que de s’user sur le regard des autres, et ne lui restait plus qu’à choisir sa folie : celle de Yukio Mishima ou celle de Phoolan Devi. Autour de lui, rien ne bougeait. Même le scolopendre, d’ordinaire si affairé, s’était tapi, hypnotisé, et attendait. Il dégaina son katana. L’impeccable tranchant rayonnait de chimères. Il le jeta pourtant, de même qu’il jeta le bandeau vert, usé, qui lui ceignait le front, et la kalachnikov empoussiérée dans les ravins de la Chambal River.
Alors il bascula. Surgirent les couleurs, les ocres, les carmins, les turquoises veinés, les poudres, les onguents, le geste juste, fulgurant, et l’encre, et le pinceau. La tristesse gommée, toute rancœur dissoute, il devint peintre à cet instant.

Quitter Arambol


Une dernière fois, il remonta jusqu'à Morjim, et puis dans l'autre sens, la plage merveilleuse le ramenant vers Arambol. Le départ était pour demain … Dernier soleil sur l'horizon. Il pleurait de bonheur, d'avoir trouvé la force d'aller vivre ses rêves, d'accomplir son destin. Il pleurait de malheur, de quitter à jamais un éden révolu, à jamais englouti.

D'ici quelques années, nous parlerons bien sûr d'Arambol avec très grande nostalgie. L'immense palmeraie, la plage calme et belle, cette vibration blanche, l'incroyable clarté. Arambol, c'est la fin d'un monde. La terre fut ainsi … elle ne l'est plus, ne sera plus jamais ainsi. Nous sommes les derniers témoins.

Qu’y a-t-il donc, derrière ces yeux figés, sourires momifiés, rictus, derrière ces hommes-troncs, ces hommes-sexes, femmes-ventre, gestes brisés, ces poses hiératiques, et ces silences obstinés, qui me fascine, me trouble, et me révèle ce que peut-être aucun humain n’est plus capable de me dire ?

Je souhaite que mes os, en leur temps, soient eux aussi sculptés, et deviennent statues, visages purs, combat tranquille avec le temps, en posture d’éternité.

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Quitter Arambol


Une dernière fois, il remonta jusqu'à Morjim, et puis dans l'autre sens, la plage merveilleuse le ramenant vers Arambol. Le départ était pour demain … Dernier soleil sur l'horizon. Il pleurait de bonheur, d'avoir trouvé la force d'aller vivre ses rêves, d'accomplir son destin. Il pleurait de malheur, de quitter à jamais un éden révolu, à jamais englouti.

D'ici quelques années, nous parlerons bien sûr d'Arambol avec très grande nostalgie. L'immense palmeraie, la plage calme et belle, cette vibration blanche, l'incroyable clarté. Arambol, c'est la fin d'un monde. La terre fut ainsi … elle ne l'est plus, ne sera plus jamais ainsi. Nous sommes les derniers témoins.

Pourquoi je peins ?


Pourquoi je peins ? Oui, au fait, pourquoi ? C 'est devenu si naturel… Je raconte une histoire,je raconte ma vie. Parfois la sentiment de peindre juste pour me rendre « intéressant ». Pour dire,voilà, j' existe, j' ai plein de belles choses dans la tête… à tous ces gens qui ne me «  voient » pas. Cela veut dire, peut être,«  aimez moi »... parfois, désespérément,AIMEZ MOI !!!

Le mieux, c 'est quand ça ne veut rien dire,rien exprimer. Je peins... parce que je peins, c'est tout. Je ne cherche rien, ça vient tout seul. Peindre me comble et me rend heureux.

Qu’y a-t-il donc, derrière ces yeux figés, sourires momifiés, rictus, derrière ces hommes-troncs, ces hommes-sexes, femmes-ventre, gestes brisés, ces poses hiératiques, et ces silences obstinés, qui me fascine, me trouble, et me révèle ce que peut-être aucun humain n’est plus capable de me dire ?

Je souhaite que mes os, en leur temps, soient eux aussi sculptés, et deviennent statues, visages purs, combat tranquille avec le temps, en posture d’éternité.


Rencontre avec Antonio Blanco – Ubud (1)


Nous devons quitter Bali le lendemain. Toujours très mal au dos, terrible lumbago, mais bon, je veux voir la maison d'Antonio Blanco, c'est donc maintenant… ou maintenant. J'arrive, clopinant. Escalier – chaque marche est douleur.

Coup de gong, signale mon entrée.

Première impression : ce lieu est un rêve, un rêve de peintre, un rêve d'homme, réalisé.

Maison immense, surplombant les rizières.

Première salle. Les œuvres du maitre, grand format.

Rencontre avec Antonio Blanco – Ubud (2)


Des femmes, partout, sensuelles, voluptueuses.

Apparition, très jeune fille, légère, souriante.

« Please, come in ». Elle m'indique le chemin.

D'autres pièces, des tableaux, partout.

Dans un patio, assis par terre, je le vois, il est là. Il travaille, très vite. Il m'aperçoit, se lève. Petit homme sec, vif, précis. J'ai de la chance, il est de bonne humeur, affable mots gravés pour l'éternité. Et puis, brusquement, c'est terminé; gentiment il me congédie, retourne à son travaille.

C'était Monsieur

Antonio

Blanco.


Salamandre glacée, sortie des eaux, in extremis, par des phalanges torturées. Caïman brusque, araignées d'eau, le vent d'est apportait poussières et clameurs. Blotti à même le rocher, il dévidait le même songe avec la même volupté, l'image d'un éden si terrestre et si clair. Puis l'azur tressaillit. Il sut que les barbares, en fiévreux prédateurs, projetaient d'acheter le ciel. Ils s'étaient octroyés déjà la terre, et l'eau, et la saveur des fruits. Ils avaient spéculé sur les lagons, les plages, les forêts, décimé des troupeaux d'innocentes gazelles, revendu le silence, le rythme et la beauté. Larmes séchées, frêres indiens, Creeks, Seminoles, Kiowas, Hopis, Mohawks et Algonquins, Apaches, Navajos, Black feet, Lakotas, Pueblos, combien de fois vos coeurs seront ils enterrés ? Wounded Knee, histoire honteuse, perpétuée …

Sumba (1)

Sumba, c'est le bout de la Route

Inutile de courir davantage après des mirages.

Le plaisir de voyager, j'en prends conscience maintenant, consiste principalement à « brûler », à faire usage des réserve considérables d'énergie renouvelable que donne la jeunesse, cette faculté d'un corps jeune à digérer, intégrer, des milliers de kilomètres, milliers de sensations chaque jour renouvelées.


Lorsque le voyage se résume à beaucoup de fatigue, de petites souffrances, pour aller de déception en désillusion, le voyage n'a plus guère de sens.

Sumba (2)

Noël à Waikabubak. Je suis heureux d'être là, heureux surtout d'être là avec Adrianna. Sans elle, ma présence ici serait inutile et incongrue.


Janis Joplin chantait: « You've got to be, one time, a good man, to one woman, and this will be the end of the road ». Je voyage depuis... 33 années. Je l'ai cherchée... longtemps. Je l'ai trouvée – amour passionnel, absolu.


Alors, maintenant, ça va...

La boucle est bouclée,

On rentre

A la maison.


Sumba . Waikabubak

Jamais si loin de la maison …


Energie, partir à pied

Nous sortons de la ville

Campagne vallonnée

Sublime, tombes de pierre

Chevaux paisibles de Sumba

La pluie chaude, puissante

Incessante, joyeux

Trempés nous sommes

Hurlements d'allégresse

Des heures nous marchons

Sous la pluie d'Equateur.


Minuscule grand-père

Edenté, quémandeur

Mau merokok

Il veut

Des cigarettes


Tanjung Aan

Lombak


Ciel gris, blanc, bleu

Océan gris, vert . Bleu, turquoise

Plage sublime

Demi cercle magique

Sable blanc, serti de rochers

Personne, ils étaient

Seuls au monde

Air tiède, presque frais


Et la pluie de mousson

Commença de tomber

Trouver refuge

Dans l'eau salée.


Témoigner de Goa

Témoigner de Goa

Corps su

Sur la plage, lotus 

Cette jubilation 

Intense

Déferlement

De volupté

Qui vous submerge

Et vous refoule, anéanti

Jusqu 'aux limites

Du dicible

Instants frontières

Au bout desquels

Il n' y a rien

Vraiment plus rien

A espérer

Ni à attendre

Où suffit

De se taire

Ne plus penser

Surtout, ne plus penser

Et de jouir

En silence.


« Toummo et lungompa » 


« User avec parcimonie », disaient les moines tibétains. Il se souvint combien leurs voix, la lourde pression de leurs voix, l’avaient troublé, lui révélant des mots étrangers jusqu’alors : Fragilité, impermanence, bien difficile à accepter lorsqu’on ressent, à dix-huit ans, l’enivrante jubilation, la certitude d’être fort, indestructible, à tout jamais. Admettre qu’on est pas un dieu… Il se revit, nu, dans la neige, à la porte de sa gompa sur les pentes du Makalu. Années d’éveil. Années d’élagage patient, de guerre aux hallucinations qui le harcelaient sans relâche et le quittaient, luisant de sueur, suppliant, hébété, hurlant d’amour et de terreur, à la fois nourri et brisé par les splendeurs himalayennes. 

Toutes ces hordes de jeunes crétins, en marche vers un avenir sinistre, dans un monde violent, saturé, surpeuplé, étouffant, étouffé.

Où est la vie dans tout cela ?


«  Tout ça pour ça »… De notre étalage, l’été, nous assistons au défilé sempiternel de ces gros culs, de ces gros ventres, cette noblesse, cette laideur, étalés, déballés, dégoulinants. Tout ça pour çà. Tant d’efforts, de recherches, de découvertes, de pédagogie, tant de « progrès » et tant d’amour … pour en arriver là. Quelle misère, quelle tristesse, quel désastre collectif. Cette race humaine désolante, malheureuse, dégénérée.


Tu vois, je suis vivant



Tu vois, je suis en accord avec la terre

Tu vois, je suis en accord avec les dieux

Tu vois, je suis en accord avec tout ce qui est beau

Tu vois, je suis en accord avec toi

Tu vois, je suis vivant

Je suis vivant.

15 janvier


Temps froid et gris. Dur. Je suis roulé en boule, ramassé sur moi-même comme un hérisson. Je ne me lave pas, ne me change pas, même vieilles fringues dégueu, je ne fais plus le ménage. Je m’endors chaque soir avec une seule pensée : j’ai encore survécu. Survivre. Seul objectif actuel. Au printemps, il sera toujours temps de se récurer, de se parer, de parler de bien-être, des relations ou de bonheur.

26 janvier


Froid vent pluie. La Totale.


A Yaka, je suis bien, je peins et j’oublie tout. J’oublie cet avenir radieux que je suis en train de préparer. Et qui n’arrivera jamais, parce que j’ai, tout simplement 10 ans de trop. Too late, baba, too late. Ma vie est terminée. 


Ce que je prépare maintenant, ce pour quoi je travaille, c’est pour qui ? Pourquoi ?


30 janvier 2001(1)


Adriana est à Paris. Elle fait dodo chez Sophie. Tout s’est bien passé. Je suis soulagé… et très ému. Étrangement (ou normalement) je me sens toujours « responsable » de la vie et de la santé, du bien-être d’Adriana. Je l’aime trop. Même si elle ne m’aime pas, ne m’aime plus… plus autant, en tout cas. Je dois respecter ses choix. Je les respecterai. Elle m’a fait trop de bien pour que je souhaite jamais lui faire du mal. Adriana est un petit ange, et elle mérite tout le bonheur du monde.

30 janvier 2001 (2)


A une demi-heure d’intervalle, hier, j’ai rencontré JP. Chantecaille puis JF. Foutaine. L’impression est en fait toujours un peu la même. Je rencontre ces gens un peu mythiques, « hauts placés », l’entretien se passe bien, très bien. Je discute vraiment d’égal à égal intellectuellement et humainement avec ces gens là. Ils aiment et soutiendront le projet… je suis content. Je soulève des montagnes, et puis je rentre. Je me retrouve tout seul, fatigué, fatigué de vivre. Trop âgé pour imaginer un avenir radieux. Là, je craque un peu. Cet hiver est trop long, trop gris. 



30 janvier 2001 (3)


Je demande juste un peu de douceur et un joli rayon de soleil..


Pourtant si je me souviens combien la situation était mauvaise et angoissante le 2 janvier, j’ai de bonnes raisons de me réjouir, les choses se sont considérablement améliorées. Simplement, maintenant, j’attends un peu de bien-être, un peu de choses agréables. J’ai l’impression d’être en hiver depuis des mois et des mois, que cet hiver n’en finit pas. 


Je ne souhaite pas m’éterniser sur cette Terre.


30 janvier 2001 (4)


Aujourd’hui, l’hiver est fini.


Il y a, en elle, une immense beauté. Il y en a, en elle, autant, ce n’est pas peu dire, qu’il y en a en moi. Nous sommes pareils. Nous vibrons pareil, nous rêvons des mêmes choses. Cependant, nous ne sommes pas des clones. Nous nous étonnons, nous nous apprenons des choses. L’énergie circule bien, entre nous nous ne nous ennuyons jamais.


Je suis amoureux d’une princesse «ayurvédique ».

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